Secrète Présence C. Nys Mazure


Elle tient maison ouverte…

Elle y reçoit les fatigués, les rongés du dedans,
ceux que la vie trop courante a usés.
Les éraillés, les exténués. Leur trame est à vif.
Elle n’y touche pas.
Elle ne les dévisage pas. N’exige aucun compte. Elle sait.
Elle a traversé déserts et dérives.

Elle leur demande d’arroser les cosmos,
de clore les volets aux heures torrides,
de nourrir les chiens ou les chevaux,
de lire une histoire aux oiseaux de passage.

Des parfums de menthe, d’artichaut, d’ail, de pain
ou de tarte au sucre rôdent, enivrent et s’évadent.
Les pommes mûrissent sur les claies.
Les noix, les châtaignes patientent au creux du jonc tressé.
Le vin prend de la bouteille sous les toiles d’araignées.

Aux murs des éclats de couleurs, des formes surgies
de mains amies – peintres, sculpteurs, céramistes...
Sur les tables des livres en précaire amoncellement.
La musique relaie sa parole. Réseau subtilement ourdi.

Au couchant, elle s’assied sur le seuil en pierre
et accueille la nuit qui monte avec les cris odorants des lavandes,
la navette des chauves-souris. Accords.
Un nuage s’effiloche à la cime des arbres
dressés dans la dernière lumière.
Elle perçoit le pas de Celui qui vient.

La tisseuse «Secrète présence»

Colette Nys Mazure